Pour changer, voici une chanson qui a été reprise par son propre compositeur après l'avoir offerte dans un premier temps à une autre chanteuse. C'est donc "Try some, buy some" de George Harrison. Composée pendant les sessions de son premier album solo, "All Things must pass" (1970), le morceau a terminé en single pour Ronnie Spector qui voulait relancer sa carrière mise en pause avec un album sorti chez Apple. Sauf que son producteur de mari, Phil Spector, a fait des siennes et ce n'est qu'un seul single qui est sorti en 1971. Mais la chanteuse n'a pas aimé cette pure production Spector avec un texte 100% Harrison, très mystique et obscur, qu'elle n'a pas compris. Pourtant, "Try some, buy some" va si bien à sa voix puissante et mélancolique.
Deux ans plus tard, George Harrison décide de se réapproprier sa chanson pour son album "Living in the material world", conservant la même orchestration de Phil Spector. Evidemment, il n'a pas la superbe voix de Ronnie Spector, mais l'ex-Beatles apporte assurément une plus grande vérité et sincérité dans l'interprétation. On sent une véritable dévotion dans sa manière de chanter.
Bien plus tard, en 2003, un autre artiste et non des moindres, David Bowie, reprendra ce titre, l'un de ses préférés "de tous les temps" dit-on, pour l'album "Reality". Sa version est assez fidèle à l'originale, avec une orchestration à peine moins massive et une interprétation se rapprochant plutôt de celle de Ronnie Spector, sans effusion.
"Every Night" est l'un des classiques de Paul McCartney, sorti en 1970 sur son premier album solo, "McCartney". D'abord proposé aux Beatles, le morceau, comme la plupart des autres du disque, ont fini sur ce dernier. C'est une bien jolie chanson d'amour, évoquant des sentiments ambivalents, l'agitation et la paresse. Sur la version originale de l'album, Paul McCartney joue de tous les instruments (comme sur le reste du disque d'ailleurs).
Parmi les reprises de "Every Night", voici celle de Phoebe Snow, chanteuse folk américaine à la voix grave et puissante, peu connue par chez nous. Elle a percé au milieu des années 1970 avec son plus grand succès, "Poetry Man". En 1978, elle ouvre son album "Against the grain" (coproduit par Phil Ramone) avec le morceau de Paul McCartney dans une version assez proche de l'originale, quoiqu'un peu plus musclée, mais tout à fait jolie aussi. On approuve.
La Mano Negra a été l'un des groupes de rock alternatif français les plus importants et continue de le rester, les années passant. Surtout peu de nouveaux ont eu une aura internationale comme eux, à part peut-être Phoenix, dans un genre différent, plus pop. Après leur séparation en 1994, Manu Chao a poursuivi le flambeau en solo et sa renommée n'a été que décuplée. Parmi les excellents titres du regretté groupe, "Out of time man", sorti en 1991 sur l'album "King of Bongo". Chanté en anglais sur une délicieuse et mélancolique mélodie reggae, le texte, lui aussi très réussi, raconte la course contre la montre d'un amoureux transi et toujours en retard.
En 2005, une nouvelle version de la Mano Negra faisait surface pour la sortie d'un Best of. Plus rock, elle est intéressante, même si son énergie lui fait perdre le charme de la version originale.
Quatre ans avant cette version alternative, Le Maximum Kouette, groupe reggae féminin et français né au moment de la séparation de la Mano Negra, rendait hommage à ces derniers dans un album qui lui était dédié. Parmi les reprises, un "Out of time man" ralenti et même beaucoup plus reggae que l'original. Pas mal.
Dernière reprise connue en date, celle de l'Australien Mick Harvey (ancien Bad Seed avec Nick Cave), en 2007 pour son album "Two of diamonds". Son utilisation en générique de fin du pilote de "Breaking Bad" a permis de donner à "Out of time man" une nouvelle popularité internationale. Il faut dire que la version de Mick Harvey est excellente, lorgnant du côté du "The Passenger" de Iggy Pop dont l'influence mélodique peut se ressentir sur le morceau original.